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Trou Noir du Moi





Le trou noir

Dans ma jeunesse, dans nos livres de lecture, le méchant était très méchant.

Il ne pensait qu'à s'enrichir et il ne pensait qu'à augmenter sa puissance. Lorsqu'il était directeur d'une entreprise, il ne pensait qu'à la puissance de l'entreprise, il renvoyait les ouvriers qui lui manquaient de respect, il achetait les petits entrepreneurs qu'il avait mis en faillite pour une bouchée de pain, il recevait des décorations, il était honoré, il était méchant.

(qui a dit dans le fond de la salle que ceci n'est pas être méchant ?)

Dans nos livres de lecture, le méchant maltraitait sa femme, imposait des devoirs à ses enfants, avait des maîtresses (16 ans et orphelines) qu'il humiliait, et devenait de plus en plus riche.

Cependant, arrivé à la fin de sa vie, lorsque les forces déclinaient, le méchant commençait à se voir dans autre chose que le miroir des vanités.

Puis dans les dernières pages du livre, le méchant faisait appeler ses enfants qui étaient bien loin de lui, leur demandait de lui pardonner, allait sur la tombe de sa femme ou de ses femmes, il ne pleurait pas car c'était un homme est un homme puissant, mais il laissait un petit souvenir et il regrettait.

Sur son lit de mort il regardait avec amour sa famille, ses serviteurs, il leur exprimait tous ses regrets, tout son amour, le curé lui donnait l'extrême onction, puis il mourrait, entourée de l'amour des siens, son enterrement était suivi par toute la commune, par tous les notables de la région, et par ses fidèles ouvriers qui se rendaient compte que cet homme sous son apparence de dureté, en fait ne pensait qu'à leur bien.

Puis j'ai vu les gens vieillir et vieillir beaucoup et j'ai compris que Hawkins avait raison, c'est un gros problème que de savoir si un trou noir a un horizon et s'il a un horizon, de quoi il a l'air ?.


Jusqu'à un certain age nous sommes capables de nous regarder dans un miroir qui ne soit pas déformant. Normalement nous sommes comme la marâtre de Blanche Neige, nous demandons à notre miroir intérieur de nous confirmer que nous sommes le plus puissant de tous les hommes.

Pendant une longue période de notre vie, nous sommes capables de nous rendre compte que ce miroir déforme la réalité, que nous ne sommes pas, le plus puissant, le plus beau, le plus intelligent, le plus généreux.

En fait la vie c'est comme le béton.

Vous pouvez mélanger les cailloux, le sable, le ciment pendant une heure ou deux, mais lorsque le béton prend, c'est fini il n'y a plus rien à faire.

Nous avons de longues années (pléonasme ?) pour former notre personnalité et former notre vision de nous-mêmes, mais la vieillesse commence le jour où le masque remplace le visage.

Arracher le masque, c'est arracher la vie.

Chacun de nous, sans qu'on puisse le lui reprocher, est né avec un immense trou noir.

Ce trou noir a été créé à la fois par et dans l'utérus. L'enfant n'en porte aucune responsabilité.

Des enfants vont naître avec la peur de la pauvreté.

Des enfants vont naître avec la peur des femmes.

Des enfants vont naître avec la peur de la pénétration.

Des enfants vont naître avec la peur de la peur.

Des enfants vont naître avec un besoin désespéré d'être aimés.

Des enfants vont naître avec un besoin irrésistible de faire souffrir pour se venger.

Chacun en soi porte un trou noir.

Avec les lectures bien-pensantes de ma jeunesse, il me semblait que le but de la vie, était de réduire la puissance de ce trou noir, de ne pas laisser le trou noir être le point d'équilibre de la vie.

Il me semblait qu'en travaillant beaucoup, on arrivait à réduire le trou noir, ou au moins, comme pour le bacille de Koch, à l'encapsuler.

Longtemps, très longtemps, très longtemps il m'a fallu pour comprendre que le trou noir se comportait comme un vrai trou noir.

Si mon besoin est un besoin de puissance, chaque parcelle de puissance que je vais obtenir va être digérée par mon trou noir qui en deviendra encore plus grand et encore plus insatiable.

Il est un moment, ou à force de nourrir la bête qui est en moi, la bête devient plus forte que moi. Vous connaissez tous les cas de ces drogués, où la bête est la drogue. Ils ne sont pas différents de nous, ils sont simplement moins dangereux.

Est-ce vraiment utile de dire que j'ai vu à la télévision hier une analyse de Alien ? au passage, l'analyse confirmait ce que mes professeurs disaient, l'auteur est  le plus mal placé pour expliquer le sens de son œuvre. C'était une très mauvaise analyse. Ils parlaient de ce qu'ils croyaient avoir fait.

C'est désolant et terrible en maison gériatrique de voir tout ces vieux figés dans une image caricaturale et démente sans aucun espoir d'atteindre la raison. Ils ont fait le voyage de la vie, maintenant ils sont embourbés dans un marais, peut-être est-ce qu'on retrouvera leur corps ou leur âme par des fouilles qui seront entreprises par une autre civilisation.

Ce n'est pas tellement amusant de voir que ce ne sont pas seulement les vieux, les déments, qui sont figés dans le béton de la folie de la grandeur du moi.

Il reste si peu de temps pour ouvrir le cadenas de la grille qui enferme le <<moi>>