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La vaisselle



Préambule

Une histoire comme celle-ci est souvent lue à l'envers.

Malheureusement une croyance est répandue, croyance que la méditation a pour but de chercher et de trouver? une harmonie, un détachement.

Il ne peut en être ainsi;

La méditation cherche et apporte le

Et ce n'est pas une erreur qu'il n'y a pas de mot à cet endroit

Car c'est là le but de la méditation



Cette histoire c'est la votre. Changez le lieu et les détails, et chacun de nous a vécu cela ; Lorsque nous l'avons vécu, nous avons été en colère, confus, gênés, et cela nous est resté sur le cœur.

Lui, elle, eux, fatigués par les exigences de la vie, veulent avoir quelques jours de paix, quelques jours pour réfléchir calmement, pour trouver une espèce d'harmonie, de calme.

Ils ont décidé de passer une semaine dans une Maison Bouddhiste. Cette Maison est loin, quelque part dans l'Ardèche, si loin qu'il n'y a pas de station de train, pas d'autobus, pas vraiment de village, c'est une maison loin de tout.

Ils ne sont pas bouddhistes. Ils pensent parfois qu'il serait bien agréable d'être bouddhiste, de laisser toutes les agressions couler sur la peau comme l'eau sur l'imperméable. Il serait bien agréable d'être bouddhiste, peut-être après la retraite est-ce qu'ils auront le temps de s'asseoir, de méditer, de lire tous ces textes.

Pour le moment ils veulent juste ne pas être en colère, ils veulent se chercher ; ils ne sont pas innocents au point de croire que parce qu'ils vont être une semaine sans télévision, sans portable, sans exigences, qu'ils vont devenir des « éclairés » et que tous les soucis vont disparaître.

Ils attendent de cette semaine comme une paix, comme un espoir qu'il serait possible de vivre sans s'énerver constamment. Ils attendent en espérant découvrir qu'il existe des clefs, que ces clefs un jour ils auront le temps de les chercher dans toutes les saletés de leur vie.

Ils ont confié les chiens à leur famille. Les voisins vont vider la boite à lettre. Si il y a une urgence ils ont laissé un numéro de téléphone mais en disant bien que ce numéro n'est que pour une vraie urgence, pas pour des papotages.

Ils ont fait un long voyage en voiture. Normalement la méditation commence dès le départ, pourtant ils ont laissé la radio de la voiture en marche, ils ont écouté quelques musiques, la route est longue, ils ne veulent pas s'endormir au volant.

Tant qu'ils suivaient l'autoroute, tout était facile, ils ont trouvé la Nationale sans aucun problème puis grâce aux indications la départementales, ils ont ri en se racontant comme à chaque fois l'histoire « je hais les départementales, je ne prends jamais les départementales ».

Ils ont été fiers d'eux-mêmes lorsqu'ils se sont trompé de petite route et sont arrivés dans quelques fermes qui semblait complètement abandonné même si le chien qui aboyait ne semblait pas du tout abandonné et qu'il aurait eu besoin lui, le chien, de suivre le cours de méditation bouddhiste.

Ils avaient prévu d'arriver vers 4 heures de l'après-midi pour avoir le temps de s'installer, d'apprendre les lieux, de se calmer avant le repas du soir, est-ce que les bouddhistes ont un repas le soir, est-ce qu'ils mangent en silence, à quelle heure faut-il aller se coucher, combien d'autres visiteurs seront là, est-ce qu'il faut des salutations spéciales lorsqu'on rencontre des apprentis bouddhistes, est-ce qu'il faut enlever sa montre pour montrer qu'on s'est libéré du temps ?

Finalement ils sont arrivés juste après 8 heures du soir, ils se sont excusés, ils sont restés si calmes pour montrer qu'ils étaient déjà habitués à la voie bouddhiste. Ils se sont excusés auprès des autres mais ils ont été content de savoir que d'autres participants n'étaient pas encore arrivés, peut-être qu'ils étaient aussi perdus du côté de la ferme au chien ?

Ce soir là ils ont mangé juste une soupe qui a été réchauffée pour eux, la sœur, est-ce qu'on dit « une sœur », qu'est ce qu'on doit dire, leur a montré leur chambre, ils ont souri à l'intérieur d'eux-mêmes, c'était comme d'être de retour à l'internat. Ils étaient contents d'eux-mêmes, ils avaient bien prévu qu'il ferait très froid et avait amené tous ce qu'ils avaient de plus chaud.

Après la soupe, le groupe s'est assemblé et la sœur leur a parlé un moment. Ils croyaient qu'elle allait leur expliquer les heures, le programme pour qu'ils ne dérangent pas, mais la sœur leur a dit seulement que la salle de méditation était dans la grange et qu'il n'était pas nécessaire de s'y rendre à une heure précise mais que les pompiers insistaient pour que ceux qui s'y rendent fassent bien attention en partant à brancher le détecteur de fumée.

Au bout de deux jours ils avaient l'impression d'avoir toujours vécu là, ils avaient enfin trouvé le calme et la liberté loin des contraintes de la vie de famille et de travail.

Le matin le groupe se levait lorsque la nuit se terminait et ils avaient pris l'habitude de se rendre dans la grange et de s'asseoir et de regarder le jour venir.

Georgette restait dans la cuisine et préparait le thé vert et préparait les corbeilles de pain.

Après le petit-déjeuner, beaucoup avaient pris l'habitude de faire une promenade. Au début ils avaient un petit plan qui expliquait les arbres remarquables, puis ces arbres devinrent une partie de leur vie. Adam restait souvent pour débarrasser et faire la vaisselle et préparer la table pour le repas de midi.

Ils ne savaient pas très bien comment cela s'était fait, probablement tout seul, après la promenade ils rentraient et prenaient le balais pour nettoyer les pièces et la salle de méditation.

Ils souriaient, car la vie, même lorsqu'on est dans une retraite bouddhiste, reste la même et ils retrouvaient les mêmes thèmes que ceux qu'ils enseignaient tous deux en Entrprise, le même qui voulait toujours décider, le même qui ne disait jamais rien, le même qui lors de la promenade prenait son portable lorsqu'il croyait qu'on ne le voyait pas.

Ils voyaient bien qu'Andrée pleurait souvent mais ils ne savaient pas que faire, ils espéraient que la sœur elle savait ce qu'il convenait de faire ; Ils ne savaient pas si ils devaient être détachés et ne pas se mêler des chagrins d'Andrée ou si ils devaient faire preuve d'amour fraternel.

Ils étaient enfin heureux, calmes, ils se rendaient enfin compte de la richesse d'une journée. Ils ne dormaient que 4 heures par nuit mais cela ne semblait plus avoir d'importance, ils n'étaient ni fatigués ni tendus, ils jouissaient du temps et du mûrissement qu'ils sentaient en eux.

Le midi le repas était un peu plus consistant, toujours la soupe, le pain mais aussi des fruits, des entrées simples, et pour terminer le repas du fromage. Le soir ils prendraient une soupe avec du pain. Le soir, avant de se retirer, ils boiraient une tasse de thé vert avec une tranche de pain doux.

Ils ne mangeaient plus ces repas synthétiques dont ils avaient l'habitude, dès 10 heures du matin on pouvait sentir l'odeur des légumes qui commençaient à cuire pour la soupe. Le premier jour Jacqueline avait demandé si elle pouvait préparer la soupe, elle voulait se retrouver en harmonie avec sa mère, elle se souvenait si bien de sa mère qui faisait son ménage en même temps qu'elle préparait le repas pour la famille.

Ils avaient demandé à Jacqueline si elle avait besoin d'aide, mais Jacqueline avait ri en leur parlant de son bonheur de retrouver les odeurs de son enfance. Martin lui n'allait jamais dans la cuisine, il avait bien essayé mais avec son allergie, dès qu'il entait dans une pièce pleine de vapeur, il toussait et toussait pendant des heures ; Il ne pouvait même pas desservir la table  et porter la vaisselle à la cuisine. Alors il s'était chargé des coussins de la salle de méditation, mais il mettait un de ces masques, comme on doit en porter maintenant lorsqu'on fait du bricolage.

Luc lui ne semblait rien faire. Dès qu'il faisait le geste de se lever, son épouse se levait et allait chercher ce qu'il allait faire.

Jeannine était la plus âgée du groupe, tout le monde semblait être d'accord qu'elle ne devait pas se charger des tâches ménagères, elle en avait bien assez fait dans sa vie.

C'était curieux comme Thomas avait toujours besoin de dire quelque chose pendant la méditation. Quel que soit le sujet de méditation, Thomas avait toujours quelque chose à dire. C'était remarquable ce que Thomas savait et cette perception qu'il apportait lors de la méditation. Ils se demandaient pourquoi eux n'avaient pas dit ce que Thomas avait dit, car lorsque Thomas l'avait dit ils reconnaissaient bien tout ce qu'ils avaient déjà dit des centaines de fois dans les cours de formation du groupe. Après la méditation Thomas disait souvent ou même à chaque fois, qu'il voulait vérifier dans un de ses livres ce qui avait été dit car il lui semblait que le groupe avait fait un énorme progrès et pourtant il lui semblait qu'ils étaient passés juste à côté d'une clef fondamentale.

Le deuxième jour Sarah avait demandé si elle pouvait s'asseoir sur un siège au lieu des coussins à cause de l'arthrose. La sœur avait apporté une chaise de cuisine, une de ces vielles chaises vannées et Sarah avait mis le coussin au dessus de la chaise. C'était embêtant parce que pendant la méditation on avait l'impression d'avoir un pion qui vous surveillait.

A l'heure de la soupe du midi Marc avait demandé à Jacqueline si sa mère était du nord parce qu'elle faisait toujours de la soupe de poireaux, pourtant Marc trouvait que la soupe de cresson était plus naturelle, plus bio que la soupe de poireaux.

Ils avaient bien ri de Marc le jour où ils avaient eu des poireaux vinaigrette comme entrée avant la soupe aux poireaux ; Même que Hélène avait suggéré que peut-être il existait aussi un fromage de chèvres qui n'auraient mangé que des poireaux. Pourtant Hélène ne devait pas avoir tellement de recettes dans ses tiroirs, elle disait qu'elle n'avait jamais fait l cuisine, que c'était une perte de temps dans son métier, déjà que dans son métier d'Hôtesse de l'Air presque toutes finissaient par avoir des ennuis digestifs à cause des repas pris à n'importe quelle heure et que ces repas pour riches étaient certainement bien agréable la  première année, mais qu'après on n'avait envie que d'un sandwich. Hélène avait demandé a été dispensée de faire la vaisselle parce qu'elle allait repartir en avion le jour même de la fin du stage et qu'en première classe les passagers exigeaient des mains parfaitement manucurées et ils avaient tous ri lorsque Annabelle avait demandé si la compagnie exigeait aussi que les gants de cuisine soient manucurés ?

Ils reviendraient faire une période de décompression mais la prochaine fois ils feraient attention à demander avant de venir qui seraient les autres participants.

Evidemment que ce n'est pas sa faute si elle pleure tout le temps, mais eux aussi ont payé pour ce stage de calme, eux aussi ils pourraient pleurer tout le temps, le malheur et la souffrance ne les avaient pas épargnés pourtant ils savaient se tenir et ne pas imposer leur peine aux autres.

Ils se tenaient toujours correctement et ce n'était pas juste que Marie leur dise qu'un groupe c'est fait de tout le monde ensemble et qu'on ne peut pas être dans un groupe et en dehors du groupe, elle avait même dit que dans leur Entreprise ils étaient certainement très capables et respectés mais qu'ici il n'y avait pas de stagiaires et de formateurs ; Pourtant ils avaient fait tout ce qu'ils pouvaient pour faire profiter les autres de leur expérience, la vie est dure et voilà qu'ils peuvent avoir gratuitement accès à ce que d'autres doivent payer une  fortune pour avoir. Ils n'avaient rien demandé mais ils savaient bien que Gérard était chômeur et ils se débrouillaient pour lui indiquer de petits trucs qu'on dit être confidentiels.

Ils auraient peut-être pu passer plus de temps à aider avec la cuisine et avec le ménage, mais c'était l'unique semaine où ils pourraient tout oublier, après il faudrait revenir à l'entreprise avec ses horaires qui marchaient à la minute.

Une seule semaine dans l'année pour soi-même, c'était vital pour qu'ils puissent trouver la force de continuer. Ils ne pouvaient pas laisser les petits égoïsmes des autres leur pourrir ce moment de paix, et ils ne voulaient pas se battre comme en entreprise alors ils avaient pris l'habitude d'éviter les conflits, de rester en méditation sans se laisser distraire par les manies des autres ; Eux ils pouvaient se le permettre, probablement que dans la vie les autres participants étaient du genre « machine à café »

C'était le cinquième soir, presque le dernier. Pour une fois la sœur pris la parole pour les inviter à la suivre.

Ils sortirent et au lieu de se diriger vers la grande de méditation elle les entraîna vers la forêt. Si la sœur leur avait dit avant ce qu'ils allaient faire, ils auraient pris le gros pull en laine et les grosses chaussettes ; C'était bête parce que si Martin prenait froid il allait encore tousser toute la nuit et personne ne pourrait dormir, même que Jacqueline avait passé une nuit dans sa voiture parce qu'elle n'en pouvait plus d'écouter Martin tousser.

La sœur les emmena le long du sentier qui allait vers le lavoir à ciel ouvert, abandonné depuis longtemps.

Ils s`arrêtèrent près du lavoir et la sœur leur demanda de se mettre autour du lavoir.

La sœur leur demanda de regarder la surface de l'eau et de voir le reflet des étoiles à la surface de l'eau.

Ils voyaient toutes les étoiles, c'était merveilleux.

Puis un tout petit souffle de vent arriva, une feuille tomba sur la surface de l'eau et les étoiles disparurent dans des vacillements myopes.

Puis l'eau se calma et les étoiles revinrent.

Le lendemain était le dernier jour.

Rien n'était différent, ils avaient eu du mal à dormir même 4 heures à cause de Martin qui toussait, et pourtant il leur semblait être devenus différents, comme si ils savaient maintenant qu'après les vaguelettes de  la feuille, les étoiles seraient de nouveau visible  ou ne seraient pas visible, mais seraient là.


Remercients

Ce texte est né de deux sources claires

Une phrase de Nicole

Un texte lu il y a plus de 3 ou 4 ans de cela d'une "soeur?" bouddhiste racontant un stage