Alzheimer: Do Ghosts Cry? | home
Tuer
Étrange fossé que ce fossé qui se développe entre la France et les États-Unis d'Amérique
Lorsque je lis le journal « Le Monde » je vois que le journaliste ne trouve pas de termes assez négatifs pour caractériser les objectifs de la Présidence Américaine
Pour le moment il est évidemment facile, peut être nécessaire, de critiquer la politique américaine qui a provoqué la guerre en Irak. Je dis bien pour le moment, qui aujourd'hui serait prêts à écrire un livre de louanges pour la politique de Chamberlain ?
Si cela est possible, oublions pour un moment la guerre en Irak. C'est peut-être impossible à oublier, mais si on ne le fait pas on ne peut pas comprendre les forces qui agissent et poussent le peuple américain, ou une partie du peuple américain
J'ai travaillé pendant trois mois au Zaïre pour une organisation chrétienne d'origine américaine qui s'appelle « Vision Mondiale » Le côté chrétien de l'organisation consistait à nous demander de nous réunir le matin avant le travail et de lire l'évangile du jour et de mener une vie « propre ».
Comme c'était une organisation humanitaire chrétienne nous étions payés un salaire symbolique, avec le résultat que j'ai perdu cinq kilos en trois mois tout simplement parce que je n'avais pas d'argent pour acheter à manger ni d'argent pour soudoyer les vendeurs.
Lors de ces trois mois nous avons eu, comme toutes les missions humanitaires, des visites de dirigeants. Ses dirigeants se situaient politiquement plutôt du côté du Parti Républicain. Du temps où nous étions au travail au Zaïre les démocrates étaient au pouvoir, ce qui voulait dire que nos espoirs de recevoir de l'argent de l'Etat « Etats-Unis » étaient limités et que nous devions travailler avec les fonds rassemblé par l'organisation elle-même.
Pour un Français il peut être difficile de comprendre à quel point l'engagement éthique d'un américain va profondément dans sa vie et ses actions.
Si je voulais résumer très brièvement les deux postulats qui guidaient leurs actions dans la « Vision Mondiale », je crois que j'écrirais
<<Tu ne tueras pas>>
<<La vie dure de la conception à la mort, et toute vie est protégée par la déclaration des droits de l'homme et par la Constitution Américaine. >>
Ces phrases ne devraient pas tellement nous te surprendre dans le groupe de gerialist. Depuis combien de temps discutons-nous dans ces colonnes du moment de la mort et des conditions dans lesquelles un homme peut choisir de mourir ou de déléguer à quelqu'un d'autre le droit et le devoir de lui donner la mort ? Probablement depuis plus de 10 ans, est aussi probablement, nous n'arriverons jamais à une conclusion valable pour tout le monde.
De tout temps les hommes se sont demandés à quel moment la vie commence et à quel moment la vie se termine.
Remontons 4000 ans en arrière, une époque qui ne disposait pas de machines pour regarder à l'intérieur du corps humain, une époque où les sages ont décidé que la vie de l'être humain commençait dès que sa tête apparaissait. Quelle autre alternative avaient-ils ?
Puis les machines nous ont permis d'explorer les processus physiologiques à l'intérieur du corps humain et nous avons peu à peu compris que l'individu, viable ou pas viable je ne me sais pas, commence au moment où les chromosomes du spermatozoïde vont se mêler aux spermatozoïdes de l'ovule.
C'est à ce moment de compréhension que les émotions obscurcissent le raisonnement.
Si on décide que la vie de l'individu commence au moment où les chromosomes se sont mélangés, et si on décide que le postulat « tu ne tueras pas » est un postulat absolu, alors on n'a pas d'autre choix que de protéger cette minuscule cellule.
Si on décide qu'un individu est autre chose qu'une combinaison de deux chromosomes alors beaucoup de niveaux de choix s'offrent à nous.
Si on décide que le postulat « tu ne tueras pas » n'est qu'un guide de comportement qui doit être adapté aux circonstances alors beaucoup de niveaux de choix, s'offrent à nous.
Ce qu'il est important de comprendre c'est qu'il ne s'agit pas d'être de droite ou de gauche du bord ou du haut, ou d'être progressiste ou conservateur mais qu'il s'agit d'un choix et que chacun de nous doit faire personnellement. Personne ne peut nous guider où nous forcer dans ce choix.
Pour ceux qui en fait le choix de vivre une vie chrétienne, les deux postulats sont des postulats absolus qui ne tolèrent aucune exception.
Le premier postulat dit « tu ne tueras pas »
Le deuxième postulat dit que la naissance d'un individu commence dès l'union d'un homme et d'une femme.
Lorsque les élections présidentielles ont eu lieu aux États-Unis, il était clair que la lutte essentielle ne concernait pas le terrorisme ou la pauvreté mais que la lutte essentielle consistait à définir par la loi à qui s'appliquait la protection offerte par la Constitution Américaine, c'est-à-dire que l'élection américaine visait à une révision du jugement de « Wade contre Roe ».
Ici il faut ouvrir une parenthèse. La Cour Suprême des États-Unis ne fait pas la politique des États-Unis, elle est seulement habilitée à juger de l'applicabilité de la Constitution Américaine dans la vie quotidienne des citoyens. La Cour Suprême ne fait pas de loi mais juge de la légalité des lois. Ainsi le la fin de la ségrégation raciale n'a pas eu lieu parce que la Cour Suprême des États-Unis aurait jugé que cette ségrégation était immorale, mais bien parce qu'elle a jugé que cette ségrégation était contraire à la Constitution Américaine. Auparavant la loi Américaine non seulement autorisait la ségrégation raciale mais la rendait imposable.
Lors des élections américaines tout le monde savait que le but ultime de la Présidence serait d'installer un juge à la cour suprême qui aurait une autre vue concernant l'application de la protection accordée par la Constitution Américaine.
En même temps la Constitution Américaine ressemble beaucoup au système anglais qui lui n'a pas de constitution mais préfère s'appuyer sur l'expérience acquise. Ainsi il est impensable que des juges de la Cour Suprème puissent annuler ou contredire la décision prise lors de « Wade contre Roe ».
Ces dernières cinq années tous nos soucis se sont concentrés sur les guerres du Moyen-Orient. De ce fait il ne nous a pas été possible de nous concentrer sur les discussions concernant le droit de vivre et le droit de mourir.
Ce n'est pas une question futile puisque le nombre d'avortements aux États-Unis est semblable au nombre d'avortements en France c'est-à-dire de 1/5 à 1/6.
Aux États-Unis les chrétiens se trouvent dans une position absolument impossible. Leur éthique leur interdit de supprimer une vie humaine, et leur éthique leur interdit d'assister en spectateur à la suppression d'une vie humaine. Que faire, combien de fois détourner les yeux ?
C'est au moment où les chrétiens espéraient pouvoir débattre de la protection accordée par la Constitution des États-Unis au foetus, qu'ils se retrouvent en même temps engagées dans une lutte contre ce qu'ils appellent des terroristes ; ainsi donc d'un côté ils affirment l'inviolabilité du droit de vivre et de l'autre côté ils affirment leur droit à défendre leur vie même si pour cela ils doivent tuer une autre personne. La position morale exige des contorsions dignes d'Européens.
Évitons d'être trop condescendants, lors de la guerre 14-18 les soldats des deux côtés des tranchées portaient des insignes indiquant que Dieu était avec eux. Même dans l'armée suédoise qui est censée être une armée populaire sans pensée religieuse, les services religieux étaient célébrés le dimanche, service où la présence des soldats était obligatoire.
Je veux absolument insister sur le fait que le problème est insoluble :
Si on prend comme postulat qu'il est interdit de tuer un être humain, alors la vie humaine devient pratiquement impossible.
Si on prend comme postulat que la vie humaine commence dès l'union d'un homme et d'une femme, alors les conséquences de ce choix ne permettent pas de « choix ».
Si l'on prend comme postulat qu'il est absolument interdit de tuer un être humain, et si on prend comme postulat que l'être humain existe à partir du moment où il est capable de survivre par lui-même alors on se retrouve confronté à des problèmes éthiques insurmontables.
Si on prend comme postulat qu'il est préférable de ne pas tuer un être humain, par exemple qu'on a le droit et le devoir de guillotiner des assassins, qu'on a le droit et le devoir de se défendre contre des attaquants même si cela doit leur coûter leur vie, alors la vie devient possible et vivable.
Si on fait comme la plupart d'entre nous, c'est-à-dire qu'on ne fait pas de choix parce qu'on ne fait pas de réflexion, qu'on se laisse guider par des émotions, alors la vie devient possible, et elle redevient le hasard qu'elle a toujours été.
Je ne sais pas si le lecteur à remarquer au passage cette phrase étrange « la vie devient impossible si on prend comme postulat qu'on ne peut pas tuer »
Normalement on associe ce postulat avec une vie honorable et respectueuse des citoyens. On peut se demander si cela ne vient pas d'un aveuglement de notre part.
Aujourd'hui je crois qu'on peut dire que nous roulons tous en voiture, que nous prenons tout l'avion, ce qui veut dire que nous brûlons 10 litres d'essence pour aller à Paris, que nous brûlons 20 litres de kérosène pour aller à New York, dans notre indifférence totale, alors que nous sommes censés savoir que ces fumées vont être à l'origine de morts et de maladies, et que l'extraction de ces ressources est à l'origine de guerres qui durent depuis des décennies.
En fait le vrai postulat que nous observons est « tu ne tueras pas si tu risques d'être identifié ».
Je vais ouvrir une longue parenthèse sur l'idée de « tuer ».
Nous avons tous vu des représentations et des peintures de Jésus crucifié. Nous l'avons tellement vu que nous ne nous posons plus de questions. Et ce que nous nous demandons pourquoi est-ce que Jésus a été crucifié, pourquoi pas brûlé, pourquoi pas noyé, pourquoi pas la gorge tranchée, pourquoi crucifié.
L'idée immédiate qui nous vient en tête et qu'il a été crucifié parce que c'était la forme de mort la plus horrible à laquelle les bourreaux puissent penser. C'est en effet possible et même probable, la mort par crucifixion pouvant durer plus de 24 heures.
Mais il y a une autre raison pour utiliser la crucifixion. Si un condamné est soumis à la crucifixion, comment répondre à la question « qui a tué cet homme »
Lorsque Jésus est condamné à mort par Pilate, celui-ci va rentrer dans son palais et prendre son petit déjeuner, et normalement il aura complètement oublié le cas de Jésus avant même la fin du petit déjeuner. Les soldats qui ont amené le condamné sur le lieu d'exécution, eux ne s'inquiètent que d'être certains que la mort aura lieu avant la fin de la journée et qu'ils auront assez d'argent pour aller dans les tavernes.
Le bourreau qui aura cloué le condamné sur la croix, ce bourreau ne l'a pas tué, il a simplement fait un travail de menuiserie.
Ensuite c'est comme d'attendre que l'avion décolle en étant assis dans un fauteuil d'aérogare, c'est une longue attente où personne ne vous dit à quel moment on pourra s'en aller, au début on se raconte des histoires, et on se fatigue des histoires, puis on boit un coup, puis on s'endort un peu, de temps en temps on va jeter un coup d'oeil sur les condamnés, puis on se met de plus en plus en colère contre ces condamnés qui vous forcent à attendre sous le soleil et les mouches alors que les copains sont déjà dans les tavernes, alors on les insulte un peu, puis un peu plus, on leur jette quelques cailloux pour voir s'il bougent, on peut même s'amuser entre copains à voir quel est le premier qui est capable d'atteindre la tête en jetant la pierre à 10 mètre de distance, tout en faisant attention à temps se faire piquer par le commandant.
Puis le commandant arrive, lui aussi à autre chose à faire, il ordonne qu'on mette fin à la mascarade, puis s'en va et les soldats font leur travail, ils cassent les jambes des condamnés qui meurent dans les minutes qui suivent.
L'important est de comprendre que personne n'a tué un être humain. Pilate a simplement émis un jugement puis il a tout oublié, les soldats eux ont obéi aux ordres qu'on leur a donnés et ses ordres consistaient simplement à attacher quelqu'un a une croix en bois, pas de le tuer, puis vers la fin de casser les jambes, pas de tuer. Le temps entre le jugement et la mort du coupable suffisante entre celui qui a pris la décision est la conséquence pour que Pilate ne se sente pas coupables d'avoir tué quelqu'un.
Il en est de même avec nos lorsque nous roulons en voiture ou lorsque nous prenons l'avion, la distance entre ce que nous faisons et les conséquences de notre acte est tellement grande et tellement lointaine que nous n'avons aucune conscience d'être coupables de quoi que ce soit.
Ainsi donc il est raisonnable de prétendre que chacun de nous est responsables de la mort de plusieurs hommes et qu'il ne le sait même pas et qu'il ne me peut même pas le regretter, mais ayant jamais vu les victimes, et n'ayant jamais vu les conséquences de ces actes.
Quel jeune jetant une bouteille de bière par la vitre de la voiture va penser à l'éclat de verre qui va se planter dans un pneu et à la voiture qui va déraper et faucher un groupe de cyclistes ?
L'impératif absolu du respect de la vie existe encore plus fortement dans l'éthique hindouiste, certains tirant la conclusion logique de cet impératif en s'installant au sommet d'une pierre et refusant d'en bouger de peur d'écraser un insecte.
C'est donc ce que je voulais dire en écrivant « si le postulat qu'on ne doit pas tuer un être humain est un postulat absolu, alors la vie devient absolument impossible »
Comme nous sommes des gens pratiques nous construisons nos propres règles juridiques et nous interprétons ce postulat en disant « je ne dois pas tuer quelqu'un avec un couteau, une arme à feu, une corde, volontairement, et avec l'intention de donner la mort, sauf si c'est pour me défendre où pour défendre ma famille, ma tribu, ma nation, mon or, où pour défendre ma maison »
Peut-on vivre sans faire du mal à l'autre?