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Choix


L'insecte

Cet insecte stupide est obstiné, bêtement se cogne la tête contre un énorme truc cylindrique. Ce n'est qu'un obstacle à franchir.

L'insecte commence à gravir (pas mal non, gravir au lieu de monter) ce tronc cylindrique. Au début tout ce passe  bien même si c'est assez ennuyeux.

Puis au bout de quelques années voilà que ce tronc se divise en deux ou trois troncs. Lequel choisir ? Du côté du soleil c'est assez agréable, le côté mousse n'est pas à dédaigner ; finalement un oiseau fondant du ciel (quelle horreur, la littérature est pleine d'oiseaux qui fondent du ciel, pourquoi fondre, c'est des oiseaux-glace ?), donc l'insecte monte du côté protégé.


Puis ce tronc commence à perdre la tête et des branches s'obstinent à vouloir pousser l'insecte laborieux (clac, encore un truisme) hors de son chemin.

L'insecte dégoutté ne finit pas de décider, un coup il monte à gauche, un coup il monte à droite.

Quelques années plus tard, l'insecte arrive au bout de la brindille, une dernière feuille, au soleil, feuille qui déjà brunit. Autour de lui il voit toutes les autres branches qu'il aurait pu choisir, toutes ces branches qui étaient si pleines de promesses et de rencontres qu'il ne fera jamais.

Et voilà le thème classique développé.

Nous naissons avec toutes les possibilités, la vie est une longue suite de choix ;

Nous devons choisir notre éducation, nos amis, notre métier, notre compagne, notre maison, nos enfants, notre morale, et d'années en années notre choix  diminue, jusqu'au jour ou on vous refuse même le dernier choix, celui de choisir votre mort.

Mais ce n'est pas vrai, c'est une image facile, une image qui semble logique.

Choisir, serait éliminer de votre vie ce qui aurait pu être à vous.

Mais ce n'est pas vrai, en fait dans tout ce que j'ai lu et entendu je n'ai jamais entendu quiconque oser dire, que choisir, c'est obtenir tout.

Je monte sur ce tronc, c'est dur, je choisis d'aller sur cette branche, je choisis d'aller sur cette petite branche jusqu'à ce que j'arrive sur cette brindille, et la récompense est immense.

En bas, je n'avais que le sombre, l'humus, la mousse, puis en montant j'ai trouvé de plus en plus de lumière, j'ai trouvé de plus en plus de feuilles tendres et odorantes.

Montant vers la lumière j'ai croisé des options, choisir ce n'était pas de dire que je ne monte pas sur cette branche, c'est de dire que je choisis celle-ci parce qu'elle me paraît prometteuse tout en gardant en mémoire l'autre branche.

Lorsque j'arrive au bout de ma course, tout cet arbre m'appartient, à la fois le chemin que j'ai gravi,  et aussi (pas mais aussi) le chemin que j'aurais pu gravir.

Arrivant à la lumière j'ai dans les yeux, j'ai dans les élytres, j'ai dans les antennes, toute la vie de l'arbre.

Peut-être que mes antennes savent maintenant faire chanter mes élytres (de vin), cependant j'ai aussi la danse de ceux qui sautent de branche en branches, j'ai la caresse du souffle de l'oiseau qui passe, j'ai l'odeur du suc qui coule sur le tronc.

Choisir, ce n'est pas s'amputer de ce qui aurait pu être, choisir c'est acquérir tout en ne possédant qu'un.