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Pompe



Le goût amer de la douleur.

Lorsque Martine était branchée à sa pompe à douleur je pensais à elle. Martine venait d'être brochée au fémur. Ce n'est peut-être pas l'intervention qui va faire venir la télé, mais c'est gros. Gros pour le patient.

Vous vous réveillez de l'intervention, vous êtes sous sédation, vous arrivez en chambre, puis vous commencez à vous apercevoir que vous avez un nouvel alien dans votre corps, la douleur.

On vous confie la manette de réglage, à vous de vivre votre douleur.

Nous sommes en 2000 et nous ne savons pas mesurer la douleur alors que nous savons papoter avec une sonde aux limites du système solaire.

Mieux encore, nous ne savons pas vraiment ce qu'est la douleur (Damasio, Iowa State University).

Après tout, du point de vue physiologique, la douleur est un signal qui n'est pas différent des autres signaux que nous recevons.

Tout tient dans l'interprétation que notre cerveau veut bien faire du signal.

Ceci n'est pas l'objet de la note d'aujourd'hui.

Vous êtes le Maître de la pompe. Lorsque vous appuyez, quelques minutes après, la douleur diminue. Déjà à ce moment là vous vous inquiétez, dans combien de temps va-t-elle se réamorcer ?

Mais ceci n'est pas le sujet de la note.

Le sujet est le goût de la douleur.

Lorsque vous faites un test de fonctionnement hépatique, on injecte un sucre (glucose, galactose ?) et on mesure sa consommation. Dès l'injection du sucre, vous sentez dans la bouche un goût, et vous éprouvez comme une chaleur et une sécheresse.

Le mot clef est " dès ". Il ne se passe pas 10 secondes entre l'injection du sucre et le goût déplaisant dans la bouche.

Le second mot clef est " déplaisant ".

Pourquoi ?

Parce qu'avec les pompes à douleur, vous ne sentez pas la morphine entrer dans votre corps. Vous sentez l'effet de la morphine, pas le goût de la morphine.

Et c'est bête.

Pour autant que je ne me trompe pas entièrement, mais cela ne change rien au raisonnement.

Si vous utilisez une pompe à douleur où vous couplez le morphine avec un délicieux goût de quinine (buvez un Scheppes si vous ne connaissez pas ce goût) alors vous aurez deux effets, l'anti-douleur et le goût amer.

Votre cerveau comprend que le goût amer veut dire que la douleur disparaît.

Et notre cerveau étant logique, si vous pompez uniquement de la quinine sans morphine, la douleur va diminuer. Cette pratique est aussi interdite par la loi.

Il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, le cerveau n'est pas stupide à ce point.

Et cela fait faire des économies à la CNAM.

Mais cela va encore plus loin.

Les remèdes de nos grands-mères avaient un goût dégueulasse. Vous vous souvenez de tous les trucs qu'on avait trouvé pour recracher les liquides et les herbes ? Pour être cachés sous l'escalier à l'heure du médicament.

Alors l'industrie nous a produit des médicaments qui sont au plastique,  (comme nos tomates et nos pommes de terre et notre riz, mais ceci est une autre histoire). (vous noterez au passage que je n'écris plus plastic)

Que vous avaliez la pilule d'antibiotique ou la pilule d'analgésique ou la pilule de dilatateur, c'est du tout au même, c'est rien.

Donc notre cerveau n'a aucune chance de pouvoir aider notre corps.

Pour ne rien arranger les médecins n'ont pas le temps de faire de la psychologie.

De sorte qu'ils écrivent un truc mystérieux en disant

" Vous me prendrez cela ".

Alors que si je reçois un patient et que je lui dis :

<< Nous venons de recevoir un nouveau médicament
<< Je l'ai essayé sur 5 patients qui ont les mêmes symptômes que vous
<< et les résultats sont remarquables
<< cependant je vous demande d'être prudent
<< car dans certains cas
<< ce médicament peut créer une grosse envie de manger du chocolat.

Et ça marchera deux fois mieux que si je dis

<< prenez cela.

Sauf qu'il mangera du chocolat.

Ce qui ne m'avance pas d'un millimètre si je dois médicamenter une personne âgée sans cognition.

Encore que, je vois, qu'aussi malades soient-ils, le goût de la drogue douce, le sucre, semble rester.

En résumé, que des gens comme moi soient forcés de vivre dans la douleur physique pour des maladies bénignes, dans le troisième millénaire, me fait croire, que si les spécialistes avaient mis autant d'énergie à lutter contre la douleur qu'ils mettent à lutter pour la valorisation de la consultation, je n'aurais pas mal depuis longtemps.

Et je ne vivrais pas avec la honte d'avoir mal.

Nils Stalbrand
Svp faites un cc à cette adresse si je ne vous ai pas trop ennuyé.
XXXXnils.stalbrandXXXX@XXXXnumericable.comXXXX

En fait la seule phrase importante est celle qui suit :

Martine va bien, elle peut presque faire du ski.

Et si la douleur ne fait pas trop mal, la prochaine note sera sur les essais en triple aveugle, protocole qui, pour autant que je sache n'existe pas.