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Je ne vois rien, je ne vois rien, je ne vois rien

A l'Université et au travail, (Travail), deux moments pénibles nous attendaient lorsque nous devions installer un essai :

La visite chez le biométricien.

En théorie ça doit être tout simple. On prend son livre sur

<< comment conduire des essais

on pioche dans les dispositifs expérimentaux, on trouve quelque chose qui ressemble à ce qu'on veut faire, on le recopie et on va voir le biométricien.

Et là les ennuis commencent.

Du genre :

<< A quelle question voulez vous obtenir une réponse ?

<< A quel niveau de signification voulez-vous établir les résultats

<< Montrez-moi l'analyse test que vous avez fait sur des résultats fictifs (qu'on n'avait évidemment pas faite )

Et la question qui nous semblait si simple, la plus facile

<< Quel est votre témoin ?

La deuxième visite pénible était celle à faire chez le biométricien lorsque l'essai était terminé.

Si vous aviez de la malchance, le biométricien avait changé, le nouveau vous disait qu'avec ce dispositif il était impossible de tirer des conclusion et vous priait de le laisser tranquille.

Si c'était le même, il vous sortait des contrôles de mesures que vous n'aviez pas fait (comment avez vous étalonné la balance, comment saviez-vous la teneur en azote des granulés, avez-vos enregistré le vent, la pluie, est-ce que les chiffres sont fiables, etc, puis si vous vous sortiez de ce merdier il vous demandait de montrer votre analyse statistique et là on avait droit à un grand éclat de rire.

Etre cancre est un métier bien dur.

En médecine, les laboratoires veulent savoir si les molécules sont efficaces.

Ils vont donc conduire des essais, passant de stades en stades. Supposons que vous êtes sur la molécule qui peut être testée sur des humains (une sur 10.000).

***Vous aurez donc un groupe qui reçoit le traitement
***Un groupe qui ne reçoit pas le traitement.

En double aveugle, ceux avec traitement et ceux sans traitement reçoivent la même pilule, le patient ne sait pas si cela est un placebo ou un médicament, le traitant ne sait pas si c'est un médicament ou un placebo. (et l'effet lactose ? et l'effet silice ?)

Nous sommes en double aveugle, le patient ne sait pas, le traitant ne sait pas. Et pourtant ce n'est pas bon.

Vous prenez un médicament comme un anti-dépresseur, par exemple le Zoloft. C'est ces études qui m'ont fait réfléchir.

Une molécule comme le Zoloft est très difficile à analyser statistiquement. Si je me suis trompé, alors c'est que c'est un autre anti-dépresseur.

Une étude lue récemment disait que si le contrôle est du sucre, on arrive souvent/parfois à un meilleur effet du sucre que de la molécule testée.

Et pourtant le zoloft est efficace.

Il fait partie de la catégorie des médicaments

<< docteur , lorsque je le prends , je ne suis pas mieux, mais lorsque je cesse de le prendre, cela s'aggrave >> ;

Comment mesurer cet effet ?

De plus ce type de molécule fait penser aux essais avec la L-dopa ( je sais, c'est vieux et dépassé). Avec la L-dopa, le cerveau met en mémoire l'effet de la molécule de sorte que deux traitements successifs donnent des résultats différents. La même réaction aurait été identifiée par des patients sous Prozac.

Donc vous devriez avoir des groupes contrôles diversifiés,

***Ceux qui n'ont jamais rien pris (est-ce possible dit en riant le biométricien, est-ce qu'il ne boit pas de l'eau chaque jour ?)

***Ceux qui ont déjà pris la molécule

***Ceux qui prennent des molécules différentes mais semblables

***Ceux qui pourraient avoir un stock d'antagonistes ou des stimulateurs.

Ca commence à faire cher.

Puis arrive, un peu tard, j'espère que vous dormez bien, le troisième groupe aveugle :

***Lorsque vous donnez des molécules
***Lorsque vous donnez des placebos

Les Deux groupes savent qu'ils sont traités, ils sont donc biaisés. Donc l'essai quoi qu'il dise est non-valable.

Vous devriez donc avoir des triples aveugle, un groupe sur lequel vous allez tester un médicament anti-dépressif sans qu'il sache qu'il est traité, par exemple des traumatisés du squelette. Sauf qu'un traumatisé du squelette est aussi traumatisé des émotions voir appel de Cochin de Jacques Chirac)

Déjà le fait de savoir qu'on est traité, est une guérison en cours.

Pourquoi croyez-vous que nous allons chez le médecin sans cela ?

L'effet est déjà bien connu.

Un dépressif traité pour une allergie avec une cortisone légère risque de guérir de sa dépression. Ca, c'est un bon groupe contrôle car il n'en avait pas la moindre idée qu'il est traité.

Quel merveilleux métier que d'être biométricien où vous pouvez méprisez tout le monde et toujours être supérieur. Et vous ne risquez pas d'être à court d'études à valider.

Quel merveilleux métier que d'être biométricien, tous les autres biométriciens sont des farceurs, vous seul êtes l'autorité suprême.

Cette question des triples aveugles est telle que dans ma jeunesse on n'hésitait pas à prendre des malades cognitifs comme groupe témoin. Sans consentement évidemment.

Et je n'ai pas parlé du problème de la dose, de la périodicité de la molécule.

On ne peut pas guérir les patients et être sérieux.

C'est un art.

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