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Grunewald


Le Retable D'Isenheim et la Madone aux bouses de vaches.


Grünewald, dans le retable d'Insenheim, cherche par la couleur à exprimer l'horreur du supplice, de la mort puante, des chaires avaries déjà vertes et par le dessin à exprimer la contradiction entre la lourdeur de la mort et l'envolée de l'espérance.



Notre professeur d'allemand en 4eme cherchait à nous expliquer les lignes de cette peinture.

La ligne de mort du patibulum de la croix qui plie sous le poids de la mort et de la souffrance.

La ligne formée à gauche et à droite par le corps et les bras démesurés, lignes qui ouvrent un calice d'espérance vers le ciel.

Les mêmes lignes de forces redoublées par la ligne de Mariam et de Jean.

J'arrête là, le retable d'Insenheim est une œuvre (Mathias Grünewald) où les analystes peuvent continuer sans fin car l'œuvre n'a pas de fin.

L'œuvre est une tension effroyable entre le poids de la souffrance et de la mort, poids sous lequel succombe Mariam sous l'œil de son fils qui est à la fois mort et vivant, et envolée de l'espérance.

Lorsque vous regardez l'œuvre à la loupe, les plaies sont purulentes, déjà vertes. Grünewald ne veut pas d'un mort transfiguré, il veut un vrai mort, un qui sent déjà.

Pourtant même Grünewald n'ose pas.

Pourtant l'histoire de l'art nous dit que de nombreux peintres ont crucifié des serviteurs pour arriver à peindre un Jésus en souffrance.

En fait je ne connais aucun  peintre qui ait osé.

Que la chaire soit traumatisée, les muscles déchirées, les yeux exorbités, le diaphragme en position de blocage, (ce qui confirme que c'était peint sur des sujets authentiques), cela le peintre voulait bien le transmettre.

Qu'au dernier moment, au dernier souffle, le dernier souffle ne soit pas le souffle de la bouche mais les sphincters qui lâchent, cela aucun artiste n'est prêt à le représenter, aucun spectateur n'est prêt à voir un Jésus en caca.

A New-York un peintre célèbre a exposé une Madone peinte avec des bouses d'éléphants (je  peux me tromper sur les détails) et cela à fait scandale.

Sans que l'on sache quel était l'objet du scandale. Si il avait peint la madone avec du cirage à chaussure, ou avec des feuilles écrasées ou avec du sang humain, ou du sang de porc, mais il a peint avec des bouses d'éléphant.

Qu'est-ce qui choque, bouse ou éléphant ?

Ainsi dans notre monde ou nous nous voulons tellement délivrés de tous préjugés, ou vos enfants regarde à minuit sur télé truc Monsieur Machin enfoncer son truc de 40 cm dans Mlle ceci puis Mlle cela et que tout ceci n'est que de la routine sans intérêt, plutôt ennuyeux, soudainement c'est le scandale parce qu'une exposition d'art contemporain à Londres montre en homme en train de déféquer avec un étron qui pend en dessous de lui pendant des heures.

Scandale

Scandale, Scandale !!!!

Scandale, Scandale, Scandale , comment osent-ils !!!!

Et pourtant pour vous c'est le lot quotidien.

En gériatrie, vous vivez dans le caca de vos patients.

Nous patients qui se préparent à vivre notre gériatrie, nous acceptons difficilement la perte de la mémoire, la perte des muscles, la perte du bon sens, la perte de la joie mais si on nous dit que nous serons assis pendant des heures dans notre caca, que nous roulerons des boules avec notre caca en le montrant à ceux qui passent, alors nous nous précipitons chez l'armurier pour acheter un fusil "  pour faire cadeau à mon fils qui va passer son permis de chasse ".

La semaine dernière, les 5 dames séniles étaient rassemblées dans leur bout de couloir. La seule de ces dames qui joue au scrabble avec sa fille était là. Ses mains étaient couvertes d'encre de stylo à bille. Alors j'ai lavé avec un kleenex, puis comme cela ne marchait pas, j'ai été chercher un bol avec de l'eau et du savon. Je suppose que je savais que c'était du caca, mais mon esprit le refusait.

Ensuite j'essayais de dissuader la dame de remonter sa jupe pour me montrer le problème.

Puis une soignante est arrivée " << si vous croyez que j'ai le temps >>

Puis une soignante est arrivée << faire cela au moment de distribuer les médicaments !!!

Puis une soignante est arrivée et a, avec douceur, arraché la dame de son siège et avec tendresse bousculée celle-ci vers la chambre, la cérémonie étant radio-commentée.*

Même parmi les soignants, le caca est le mistigri qu'on se repasse de personne à personne, le perdant étant celui qui ne peut le repasser à personne.

Ceci pour l'anecdote.

Il semble absurde qu'au troisième millénaire, être vieux est encore synonyme de privilège de macérer dans son caca.

Si vous trouvez que je charge la barque un peu trop, mon père a souffert d'une maladie similaire à celle de Crohn depuis ses 50 ans, il a vécu les deux dernières années de sa vie, peut on appeler cela vivre deux ans ? avec un système digestif se déchargeant en dehors de son contrôle. Et de notre contrôle.

Et notre répulsion devant les excréments se transforme en répulsion et haine envers l'excrémenteur, qui lui a honte.

J'ai vu beaucoup d'animaux mourir. Vous croyez peut-être qu'eux ne vivent pas sous je joug de nos préjugés ? Vous avez déjà vu un chien ou un chat qui a fait des excréments à l'endroit où il vit ? Il voudrait mourir plutôt que de vous voir découvrir cela.

Vous êtes des Grands Patrons ; que feriez-vous si un de vos brillants internes vous disait :

<< patron, je voudrais consacrer mes recherches à la gestion des excréments >>

Aussi nobles que soient ses motivations, quelle carrière va-t-il faire ?

Alors, oui, j'ai mis 2 ans, mais malheureusement, aujourd'hui je comprends la Madone peinte avec des bouses d'éléphants.

J'aurai préféré ne pas comprendre.

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