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Carton Jaune
Carton Jaune
Je n'aurais peut-être pas écrit ce texte sans l'encouragement d'Eric. (comment va Sophie ?)
C'est la Coupe du Monde de Foot. Ce sont des professionnels. Ils ont tous joué des centaines de match. Ils connaissent tous les règlements.
Ce sont des match où tout se joue à la mort. Vous faites un beau geste, vous êtes un héros, vous gagnez des milliers d'euro. Vous faites un geste imparfait, vous êtes le plus minable de tous les incapables, vous perdez votre poste, vos contrats, votre métier.
Il faut gagner. Gagner c'est vivre. Perdre, non seulement c'est perdre de l'argent mais c'est perdre la face qui en ce cas est un pied.
Il faut gagner, alors la limite entre ce qui est permis et ce qui est défendue devient très flou. Votre patron, l'entraîneur, vous félicitera pour un coup de pied placé dans les tibias du meilleur adversaire et qui diminuera celui-ci. Cela allait tellement loin que chaque équipe avait dans les années 60 un assassin et un bourreau, l'assassin cherchant à détruire le meilleur adversaire, le bourreau vengeant.
On payait même l'adversaire avant le match pour ne pas faire détruire ses meilleurs joueurs.
Les joueurs commettent des erreurs très graves. Ces erreurs graves entraînent un " carton jaune " d'avertissement. Deux cartons et c'est l'expulsion.
Ce qui arrive c'est que chaque joueur qui reçoit un carton jaune proteste auprès de l'arbitre, auprès de l'arbitre, et, c'est là que cela devient intéressant, chaque joueur qui reçoit un " carton jaune " est intimement convaincu d'avoir été dans son droit, d'avoir agi légalement, et même si ça n'était pas tout à fait légal, il a agit ainsi parce que son adversaire agissait encore plus illégalement.
Si, dans les 9 mètres, vous sautez et que l'adversaire vous retient par le maillot, vous vous débrouillez pour vriller et flanquer un coup de coude dans le fautif. Si l'arbitre à des couilles c'est le carton rouge et l'expulsion et le penalty. Le joueur expulsé est entièrement convaincu de ne pas être fautif, juste << de se faire respecter >>.
Nous avons connu des équipes ou un joueur qui " descend " un adversaire, recevait une prime.
Un soignant qui ne dénonce pas la maltraitance fait preuve d'esprit d'Equipe et de réalisme.
Si vous donnez un carton jaune à une (ou un si vous préférez) soignante, celle-ci ne l'acceptera pas, elle ne faisait que défendre son Service, défendre soi-même, pourquoi pas défendre le malade qui devenait dangereux, elle ne fait que << se faire respecter >> dans le bien du Service.
Le carton jaune dans le Service, on voudrait parce que ce qu'on voit, c'est révoltant. Mais tout ce que cela donnera c'est un carton rouge.
Pourtant il existe une méthode.
Je voyais, il y a un ou deux ans, sur F3 , une formation en hôpital à la Maltraitance. Les soignants voyaient des scènes filmées ou jouées ; elles disaient << oui, en effet, c'est bien ainsi que cela se passe dans notre Service, oui c'est vrai que nous sommes à deux à laver madame Ducon et que pendant que nous la lavons nous discutons entre nous de nos enfants sans écouter Madame Ducon >>.
Mais le cœur du problème
Aucun de nous n'est jamais coupable, jamais.
Vous, vous roulez sur la route à 20 ou 30 km au dessus de la vitesse permise. Vous n'êtes pas coupables, parce que vous êtes pressés, parce que vous êtes de bons conducteurs, parce que la vitesse ne tue pas, parce que, parce que, avec le résultat que des petits cons font comme vous et que vous avez donné naissance à des assassins et pourtant vous n'êtes pas coupables .
Aucun de nous n'a les couilles lui permettant de vivre avec un narcissisme coupable.
Et la maltraitance durera éternellement.
Surtout, qu'entre nous, quel plaisir il y a à maltraiter !!!