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Colère
La colère, ce poison délicieux (Luce Joshin Bachoux, nonne bouddhiste)
Qui ne s'est pas retrouvé enfermé dans sa colère, incapable d'en sortir ? Le premier moment de colère est délicieux, puis vient le poison
Une des ces journées de printemps si lumineuse, juste devant la fenêtre le petit érable du Japon agite doucement ses feuilles, et moi, je ne vois rien. Je suis en colère, extrêmement en colère. J'ai épluché les légumes de midi en colère et je commence la soupe du soir dans le même état. Aveugle à la beauté, travaillant sans plaisir. Le monde entier a disparu, englouti dans ma colère, que je nourris soigneusement, comme on rajoute des bûches dans le poêle, pur se réchauffer : << Depuis ce matin, j'ai déjà fait le ménage (une bûche), j'ai démarré la machine à laver (une bûche) et puis hier aussi d'ailleurs, c'est moi qui ait tout fait (une dizaine de bûches).
Je n'arrive plus à respirer avec ce feu intérieur qui consume tout. : le plaisir de la nouvelle journée, la joie de travailler, la douceur du printemps. C'était agréable pourtant, au début, cette sensation d'être dans mon bon droit - J'ai raison, les autres ont tort, les chose sont simples ! -, mais très vite l'enfer s'ouvre. CE feu intérieur se propage dans toutes les directions comme un incendie de forêt.
Je me souviens de la joie que j'éprouve habituellement à essayer de préparer des repas à la fois beaux et délicieux avec les légumes du jardin. De la joie du moment présent, quand le couteau devient le prolongement de la main. Pourquoi tout cela a-t-il disparu ? Pourquoi est-ce que je viens de passer trois heures à travailler machinalement, toute mon énergie employée à tourner en rond dans la rancœur et la plainte. ? En cherchant un peu plus profondément les raisons de cette colère, il me semble voir au fond de moi quelques braises sous la cendre, qui sont toujours là, et une parole, un geste venant de l'extérieur suffirait pour faire repartir le feu ...
Est-ce que ce n'est pas là le vrai problème : si il n'y avait pas déjà d'irritation à l'intérieur, qu'est ce qui pourrait déclencher ma colère? Est-ce que le problème vient vraiment de l'extérieur - des autres -, ah ! ces autres... - ou bien de ce qui couve à tout moment dans mon cœur ? Peut-être que ce n'était pas désagréable, un moment, de me voir malheureuse au fond de la cuisine. La colère est un poison qui passe dans mon corps, mais si délicieusement enrobé de chocolat ! Les premières minutes nous en avons le goût sucré dans la bouche, puis le poison nous envahit et nous brûle.
Je sens le raidissement de mon corps, la contraction au niveau de l'estomac ; il est là, le véritable centre de ma colère, dans mon corps, dans ma tête ; c'est là que je dois changer.
Etre, respirer, regarder, ce bonheur qui naît de l'harmonie avec soi-même, j'ai laissé tout cela pour s'engloutir dans la colère. Les textes bouddhiques décrivent souvent la colère comme un morceau de charbon ardent : en le prenant pour le jeter sur les autres, je suis la première à me blesser./
Mais je ne veux plus alimenter ce feu : le monde est là, je veux le voir et l'apprécier, profiter de cet instant et vivre pleinement la vie que j'ai choisie, avec ses bons et ses moins bons moments.
Je vais laver un peu plus de riz et peut-être que je trouverai une salade qui n'a pas trop souffert des gelées de la semaine passée ; l'air est vif, il y aura sans doute un peu de brouillard ce soir - je respire et souris au petit érable.
Luce Joshin Bachoux
Nonne bouddhiste, ordonnée voilà 15 ans. Elle a ouvert en 1991 la Demeure sans limite à Saint-Agrève, en Ardèche.
<<S'il y a une solution
<<A quoi bon le mécontentement ?
<<S'il n'y a pas de solution,
<<A quoi bon le mécontentement ?
Shantideva
Commentaires
Je n'ai pas fait ce texte au scanner, je voulais le recopier. Je l'ai sur mon bureau depuis 2 mois. Je le regarde.
La colère est vraiment un problème d'hôpital, un problème de Communautés. Que de cris on entend dans les couloirs des Maisons de soignants mécontents exprimant toute leur colère envers celle-ci et celle-là.
Et pourtant, en lisant ce texte, je suis moins certain que la colère soit ce que dit ce texte.
Au tennis, vous tapez une balle, elle est déclarée " out ", vous la voyez " in ", vous êtes mécontent. Si vous n'arrivez pas à gérer ce mécontentement vous aller faire une série de mauvaises balles.
Mais si balles après balles vos coups sont déclarés " out ", est-ce qu'il n'y a pas de raison de faire monter la colère, qui sait, peut-être que le juge de ligne est incompétent, vendu, malade, qu'il est l'amant de votre femme ?
Prenez la première phrase de Shantideva
<< S'il y a une solution
<< A quoi bon le mécontentement !
pourquoi ceci ne deviendrait-il pas :
<< S'il y a le mécontentement
<< pourquoi ne pas chercher s'il y a une solution ?