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Barbe-Bleue
Barbe-bleue
Vous vous souvenez de ce compte horrible qu'on nous lisait dans notre jeunesse ?
C'était horrible !!!
Une fois suffit.
( pourtant Bela Bartok en a tiré le livret d'un Opéra merveilleux. ; on dit de nous que nous serons considérés comme les couillons du siècle pour n'avoir pas accordé à la musique de Bartok la place qui est la sienne, la plus haute ; si vous donnez dans le snobisme intellectuel comme moi, n'oubliez pas que les plus grand peintres du siècle sont Bougeraux, Meissonier et Puget de quelque chose) ).
Puis lisant un texte de Martine, texte qui n'avait strictement rien à faire avec Barbe-bleue, soudainement j'ai vu quelque chose.
Barbe-bleue n'est pas l'histoire d'un monstre qui tue ses femmes et les pend dans des chambres fermées à clef.
Barbe-bleue c'est l'histoire de notre vie à chacun.
( Je suppose que l'analyse psychologique de Barbe-bleue est dans Bettelheim, mais je n'ai pas eu le courage de le lire).
Barbe-bleue c'est l'histoire de notre vie.
On ouvre la première porte, derrière se trouve le cadavre de quelque horreur commise en notre jeunesse, un copain martyrisé à l'école, un feu allumé, un vol dont un autre a été accusé ?
On ouvre la seconde porte et derrière se trouve le cadavre d'un amour de jeunesse, celle qu'on a quittée parce que, parce que quoi ? celle qui pourtant m'aimait, celle qui ne m'avait pas fait de mal, ce cadavre pas exquis du tout.
On ouvre la troisième porte et on trouve cet enfant si attendu, cet enfant si aimé, cet enfant, mort à l'hôpital, cet enfant qui chaque jour meurt, on y trouve les boites de Zyklon B entassées, en attente de la prochaine, en souvenir de la dernière ?
On ouvre la quatrième porte et on trouve le cadavre de son amour pour toujours, de son vœux d'être celui qui allait aimer, protéger, pardonner, soutenir, on y trouve le cadavre du sourire du patient qui vous attendait et que vous n'aviez pas le temps de voir.
On ouvre la cinquième porte et on y trouve la fumée blanche des gaz d'échappement de la voiture qui amène son conjoint vers sa nouvelle vie, on trouve les trahisons, les erreurs, les paresses, les bonnes intentions, les pas de chance.
On ouvre la sixième porte et on y trouve les hurlements de ceux qu'on a torturés à Alger, de ceux qu'on a torturé à Hanoi, de ceux qu'on a torturé pour rien et pour tout.
Jusque là j'avais compris et je ne voulais pas ouvrir les portes.
Puis Martine m'a expliqué et j'ai commencé à voir :
Ce qui est important, ce n'est pas le cadavre des femmes tuées par Barbe-Bleue, ce qui est important c'est
Qu'il y a une porte
Que cette porte peut être ouverte au risque de sa vie.
Derrière le cadavre de la douleur se trouve la fenêtre du donjon d'où on voit l'herbe verte, la rivière poissonneuse (si il n'y a pas eu de rejets illégaux des industries), derrière se trouve la vie.
Que si on n'ouvre pas les portes, il n'y a pas d'histoire.
Barbe bleue c'est la parabole de notre vie
Barbe bleue nous raconte nos douleurs, nos échecs honteux enfermés.
Barbe bleue nous raconte notre leucémie, notre tuberculose, notre Sida, enfermé dans le couloir de la honte .
Barbe bleue nous raconte notre attente en haut de la tour, notre attente de ce qui va nous sauver alors que nous savons que la voie du sauvetage est derrière les cadavre.
Barbe bleue nous raconte ce que c'est que de devenir vieux.
Et il aura fallu 50 ans pour que je comprenne cela ; Ils avaient peut-être raison mes profs de lycée.