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Chômage


Lisant la contribution du THL Dr Richard Wild concernant les métiers à tisser, les souvenirs reviennent en masse.

Lorsque notre professeur d'Histoire dû nous expliquer pourquoi les machines Jacquard qui mettaient les ouvriers au chômage, étaient un grand progrès, ça cafouillait sérieusement.

Pourtant nous étions dans les années 50, le chômage que les Français ne sauraient tolérer avant de se révolter était situé à 500.000 chômeurs. Nous vivions dans la religion de Donzère Mondragon, du réacteur de Saclay, du barrage de Tigne, des autoroutes qu'on ne construisait pas, du record de vitesse de la Bbquelque chose, une locomotive. Tout ce qui était progrès était juste avec en plus quelques babioles du genre guerre d'Indochine et Algérie, mais chaque famille à ses membres honteux.

Puis les trente glorieuses vinrent.

Renault Flins a tourné avec des fournées de 40.000 ouvriers, aujourd'hui il y a moins de 10.000 personnes. Mais c'était le progrès et de toute façon les cadres, assis sur leurs diplômes ne risquaient rien.

Le premier virus à s'introduire dans cette admirable cathédrale s'est appelé Visicalc. Sur un super-ordinateur de 5 000 octets (pas 5 millions, pas des gigas, non 5000) on arrivait à faire tourner un tableur de 250 lignes sur 200 colonnes. Gigantesque !!!

Et déjà des cols blancs qui chiadaient de magnifiques tableaux avec des belles règles et une masse de consommation de gommes, se sont retrouvés être inutiles.

Au début, ils n'ont pas voulu croire que ces années passées à faire des cagnes et des taupes et hypotaupes, ces années vouées à la chasteté pour sortir de Grande Ecole, ces années allaient se trouver sans valeur à cause d'un stupide tas de plastic ( non, c'est pas une erreur, c'est bien plastic).

De nombreux élèves qui ont tordu leurs yeux à se mémorer les longues listes d'artères, de muscles, de symptômes trouveront tout à fait injuste que cette information puisse être acquise par un implant.

Tout comme les bibliothécaires qui ont passé des siècles à se déchirer sur la procédure pour construire un Thésaurus et sélectionner les mots clefs, (je parle de moi) se sont retrouvés presque inutiles le jour ou on a tout indexé sur tout et mis à jour à la minute.

De nombreuses professions se sentaient parfaitement à l'abri de ces évolutions ; jamais on ne remplacerait un pilote d'avion de ligne ; aujourd'hui lorsque les conditions sont difficiles, ont fait passer l'avion en conduite automatique. En fait le pilote est une gène. L'hotesse elle est indispensable. Curieux.

De nombreuses professions se sentaient parfaitement à l'abri de ces évolutions, jamais on ne remplacerait un médecin, un chirurgien. Puis vers 1990 les Danois utilisaient une machine à diagnostic, en fait une machine à diagnostic est bien plus fiable qu'un médecin, bien plus efficace. Si vous la couplez avec la machine à nano analyses, avec une mise à jour de la base de donnée à la minute et un programme d'apprentissage, vous avez un bon docteur. Certains cas de poly diagnostic sont si compliqués que seuls des machines peuvent les résoudre, un peu comme des équations différentielles.

Comme pour les métiers à tisser, la main d'œuvre coûte trop cher et les consommateurs sont mécontents du produit. Ce qui doit arriver, arrivera. C'est déjà décrit dans la BD " les femmes en blanc ".

Puis comme pour le tissage, puis comme pour le camembert, comme pour le vin, puis comme pour les chemises, on verra de développer une consommation de qualité.

Ma machine-docteur s'occupera de tout ce qui est " docteur ça fait mal là ", le vrai docteur humain pourra enfin se consacrer à son vrai métier.

Une fois libéré de l'horreur des patients qui font la queue pour une boite de soma (Bonjour Huxley), le docteur pourra s'occuper de l'Homme.

Pourquoi est-ce qu'il fume ?
Pourquoi est-ce qu'il baise sans plastique ?
Pourquoi est-ce qu'il roule trop vite ?
Pourquoi est-ce qu'il regarde la télé ?
Pourquoi est-ce qu'il bouffe trop ?
Pourquoi est-ce qu'il a peur de (longue liste)

Ce qui ne m'explique toujours pas pourquoi les métiers Jacquard devaient être un progrès.

J'ai lu un short story totalement inconnu d'un canadien, " déchiffrer la trame " de Jean Claude Dunyach, ayant lu cela, on comprend que jamais une machine à tisser ne pourra tisser une étoffe, un tapis, parce que le tissage est une histoire d'amour, de vie, de souffrance, d'espérances, une histoire humaine.

Comme la médecine.