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Un enfant


Un enfant se meurt ;

Un enfant se meurt à l'hôpital ; il est jeune, moins jeune, très jeune,

Entre lui et la mort il n'y a plus que le chirurgien, l'équipe médicale.

Il est en salle d'op.

La mère est assise dans la salle d'attente ; elle y est assise depuis des heures, des heures, depuis des heures, chaque heure marquée par des pleurs, marquée par des pleurs qu'on voit, marquée par des pleurs qu'on ne voit pas.

La mère n'est plus Jeanne, n'est plus une jeune femme qui regardait la vie avec des yeux pleins de soleils, elle est l'enfant qui se meurt.

Son mari est là, de temps en temps il lui met la main sur l'épaule, caresse la joue.

Voyez l'injustice de la vie, lui n'est pas la mère, il est le mari, pourtant il est le père, sa douleur est la même mais elle n'est pas la même.

Elle est là depuis des heures qui ont suivi des jours, qui ont suivi des mois.

Elle attend.

Elle ne fait plus qu'un avec l'enfant, comme l'enfant ne faisait qu'un avec elle lorsqu'ils se partageaient la vie.

Le mari lui caresse les cheveux, lui dit  d'aller prendre un café, elle ne veut pas, elle veut attendre, il lui dit d'aller se promener, prendre un café, pour trouver des forces pour l'enfant.

Elle entend de loin que pour l'enfant elle doit aller marcher, prendre un café.

Elle marche dans les couloirs de néon.

Les murs heurtent le plafond en des angles cruels qui lui font mal, le sol résonne de désespoirs passés, la lumière est déjà celle de du noir si profond qu'il ne se voit pas.

Des panneaux étranges passent, ils disent, infirmière, ils disent, médecin, ils disent administration, elle ne comprend pas quel est le rapport avec son enfant qui attend.

Elle passe devant une porte qui dit " méditation ", cette porte là n'est pas couleur crème de vie perdue, alors elle rentre.

Des bancs, une douce lumière, une fenêtre vers quelque chose.

Elle s'assoit, elle s'assoit parce qu'elle n'est pas debout, elle est assiste, elle écoute le bruit du silence, elle sent quelque chose, c'est curieux, ici il n'y a pas d'angles.

Elle ouvre un livre

Un livre qui de jours en jours raconte la souffrance de ceux qui ont comme elle vécu la mort du temps.

Elle lit

<< fait qu'il guérisse "

Elle lit

<< Il est si petit, si gentil, si doux, pourquoi lui? "

Elle lit

Elle lit

Elle retourne à son banc construit en plastique de bois de croix. Elle s'assoit, son mari est là qui s'assoit à côté d'elle, non, pas de nouvelles, il lui caresse le front.

C'est ainsi que je pense à Eric qui, lors du temps de Marie-pia, s'interrogeait sur un texte de Maïmondi proposé par Marie Pia Baron Arnoud.

Maîmondi, célèbre chirurgien musulman, recommandait de prier avant une intervention chirurgicale.

Qu'est-ce que la prière ?

Cette femme qui attend alors que l'attente n'a aucune valeur pratique, ce mari qui attend, soutient sa femme, ils font quelque chose qui n'a aucune valeur.

Ils pourraient être à la maison, prendre un cognac et un somnifère, oublier tout, et pourtant ils sont là, à souffrir.

Pourquoi ?

N'est-ce pas parce que chacun de nous sent en lui-même que nous ne sommes pas lui, elle, l'autre, mais que nous sommes les fils de la toile d'araignée qui brillent à l'aube de la rosée déposée, que si un fil cède, la toile cède.

Etre là, c'est être conscient que l'enfant tient par le bâti central qu'est la mère, par le rayon tuteur qu'est le père, que père, mère, enfant, chirurgien, infirmière, comptable, tout cette toile ne tiendra que parce que nous sommes là.

Alors prier, si ce n'était qu'ouvrir les yeux pour voir l'autre ?

Mes excuses à Eric de reprendre un développement vieux de plus de 3 ans, oublié de tous et mes excuses à ceux de vous qui ont encore dans le dos la marque des longues heures passées à  tenir le vide de toutes ses forces.

Mes excuses aux géraliens, car le mot le dit bien, par ce groupe nous sommes une petite figuration de cette toile qui est la vie, si un de nous s'effondre, la toile se tord.