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Le Deuil




Dimanche 14 juillet, après avoir écouté France-culture

Une séparation après avoir vécu un ( grand) amour ; La souffrance de rejeter et d'être rejeté.

Qui ne nous peut se lever et dire "  Moi, je n'ai jamais été rejeté !!! "

On se sépare parce que l'Autre est ainsi et ainsi, on se sépare parce qu'elle, mon Autre est ainsi et ainsi ; Enfin, on croit qu'on se sépare pour ces raisons. On préfère le croire.

Peut-être est-ce plus naturel que cela ?


Le grand amour de l'autre, aujourd'hui c'est un truisme que de répéter que ce grand amour n'existe pas ; On aime sa mère, on aime son père, parce que c'est organique.

Le grand amour, l'amour fou, celui pour lequel je ne dors pas, je ne mange pas, je ne pense qu'à l'être aimée, c'est un amour de moi-même. Ou de ma mère. Ou de mon père.

C'est un truisme que de rappeler que le grand amour est l'amour de quelque chose qui est en moi que je projette sur un autre objet, et si on a vraiment la malchance, c'est réciproque.

Ce qui n'enlève rien au merveilleux de cette expérience, quelle importance que ce soit un tout de passe-passe de la Nature ?

Puis commence le deuil.

Nous découvrons que l'Autre est un Autre, qu'il n'est pas cette image que mon cerveau projetait sur ce bel écran.

Normalement, je dois pouvoir dérouler toutes les phases du deuil que je dois faire, toutes ces beautés, ces espérances, ces joies que je vais devoir abandonner.

Le deuil est double :

Je dois faire le deuil de l'Autre, de l'image que je m'étais faite de l'Autre. C'est triste, c'est dur, mais cela ouvre la porte à de grands progrès.

Je dois faire le deuil de l'image qui est en moi, une image dont je ne connais même pas l'existence ; comment est-ce que ma raison peut expliquer que j'aime les femmes qui ressemblent à une grand-mère jamais vue ?

Je dois faire le deuil de l'image que je m'étais fait de ce que  l'Etre bien-aimé voyait en me regardant. Dur, dur.

Cependant, tout ceci relève du possible.

Françoise Giroud disait (à peu près) qu'on commence un Grand Amour en partageant tout et qu'il faut être heureux si à la fin on en est à partager ses souvenirs.

Et comme toujours on ne sait pas compter :

Le Grand Amour est une tragédie à trois personnages, le trépied de la mort comme on dit en Turquie, mais un trépied qui tient sur deux pieds. ;

Une tragédie à trois personnages :

Mon Amour

Ton Amour

Notre Amour

Faire le deuil de mon Amour, je n'ai pas le choix ; Qui fera le deuil de Notre Amour ?

Faire le deuil d'un rêve, c'est pénible, c'est long, c'est une  cicatrisation  qui dure des années, des décades.

C'est un deuil qui ramène à une réalité. Parfois c'est tolérable. Parfois cela fait de moi un bonzaï. Parfois cela fait de moi un arbre géant qui se brise parce que ses branches sont déséquilibrées.

La plus part du temps c'est intolérable ; le refus du deuil entraîne l'assassinat, réel ou irréel, mais vrai.

Il est un deuil que nous ne pouvons pas faire ;

Deux clochards poivrots sont couchés sous le pont Mirabeau.

Ils boivent un litron, ils boivent un autre litron, ils boivent.

Un boit, puis soudainement l'Autre se saisit du litron et se met à tout boire et à boire et a boire, pendant que je hurle qu'il est en train de boire ma part de vin, qu'il est en train de boire ma part d'oublie, qu'il est en train de boire ma part de soulagement de la douleur.

Et je le saisis, et je le secoue, et je le tue, mais je ne suis pas coupable ;

Ca fait film des années 50, film de réalisme romantique.

Le problème est que chacun de nous porte en lui un litron vide qu'il faut remplir et qu'il est impossible de remplir.

Toute notre vie nous chercherons à remplir ce litron vide ;

Ce litron vide, ou nous sommes nés avec, ou il a été vidé en notre petite enfance.

Alors malheur, et mort, à tout ce qui se mettra entre ce litron et moi.

Si l'être aimée est ce litron dont ma vie dépend, si l'être aimé est ce litron sans lequel je ne suis plus que douleur et que l'Etre aimé se refuse à moi, alors seul la mort est un châtiment à la mesure du crime.

Et ces parents qui finiront par vous abandonner ?

Et ma fille qui m'abandonne pour un pauvre connard de mec pas digne d'elle ?

Finalement, c'est par le deuil que nous devenons vraiment humains.

Une bouteille pleine ne résonne pas

Une bouteille vide résonne de tous les chants.

Une bouteille pleine n'a de place pour rien

Une bouteille vide accueil tout

Le deuil

Qui nous ouvre

Si nous le voulons

Mais ce que cela peut faire mal.