Alzheimer: Do Ghosts Cry? | home
Bonheur
Du bonheur d'être vieux.
Soudain, j'ai comme un regret, je me dis que la vie aurait été plus facile si j'avais été vieux plus tôt.
J'ai rencontré une élève à qui j'enseignais les maths de 4ème.
A cet âge là, les jeunes filles sont des bûcheuses, pendant que les garçons ne cherchent qu'un moyen de faire des conneries.
Comme elles sont des bûcheuses hyper-performantes, elles angoissent, avant le contrôle, elles perdent tous leurs moyens.
Commence la spirale, moi je ne suis pas douée pour les maths, moi je ne comprends rien aux maths, lorsqu'elles ouvrent le livre, les lignes dansent devant les yeux, puis les parents s'en mêlent puis le prof s'en mêle et tout va mal.
Il ne faut pas plus de 4 heures de travail pour remettre une jeune fille dans la normalité.
Les maths des gosses, c'est comme un tour de magicien, tant que vous ne voyez pas le truc, ça a l'air compliqué.
Et tous me regardent perplexes et me demandent, incrédules
<< c'est que ça ??>>
Et oui, non seulement c'est que ça, mais c'est amusant. C'est pas croyable ce qu'on peut rire en faisant des maths.
De plus, cette génération de jeunes, n'a presque aucun contact humain avec des vieux. Ils connaissent les parents, les profs (des monstres qui ne leur veulent que du mal), mais ils n'ont pas rencontré de vieux qui soit encore plus enfant qu'eux.. Cela bouleverse leur vision du monde.
D'étudier le centre de gravité d'une figure géométrique en lançant des avions en papier dans le jardin du voisin, ils ne savaient pas que c'était des maths et surtout qu'un adulte (sénile) le faisait.
Mon élève est maintenant une jeune fille, bientôt une jeune femme.
C'est plus qu'émouvant de marcher à côté d'une belle jeune fille. Elle ne peut pas se rendre compte que le vieillard qui marche à côté d'elle est double, qu'à côté de moi se promène le souvenir du garçon que j'ai été, ce garçon terrifié par la beauté et la force des jeunes filles.
Maintenant que je suis arrivé sur l'autre rivage de la vie, soudainement ces belles jeunes femmes construites de lumière, de force, d'espérance, de confiance, me parlent comme si j'étais un être humain qui peut les comprendre, peut tout entendre.
Cela valait la peine de faire ce long voyage à travers les océans cruels du temps si aujourd'hui, des jeunes filles, des jeunes garçons qui en sont encore à construire des cabanes, peuvent me parler, comme si j'étais un des leurs.
Je remercie la vie qui m'a permis d'arriver au rivage de la vieillesse et je remercie tous ces professeurs pour qui j'ai été un cancre sans espoir, leur savoir à mis 40 ans à trouver racine, j'en ai honte.
C'est bon d'être vieux.