Alzheimer: Do Ghosts Cry? | home
Vu D'aveugle
Pour voir, il faut devenir aveugle ;
Me promenant avec mon élève au Palais Royal, nous avons côtoyé des œuvres du sculpteur Pomodorozi. Ce sont de très très grandes sculptures à base de sphères.
Je voyais qu'elle marchait avec les yeux tournés vers l'intérieur, comme nous le faisons tous. Nous avons alors été à côté d'une sculpture et je lui ai demandé de réagir, d'explorer en elle-même ses réactions à ces sculptures.
Ella a très bien expliqué l'angoisse ressentie devant cette forme sphérique et l'angoisse torturée devant la vision de cet objet qui essaie de 'échapper de cette sphère prison.
Moi, qui croyait être le guide, j'ai commencé à voir.
Je n'avais jamais auparavant réfléchi au fait que la sphère est une représentation d'une énorme puissance de l'angoisse.
Auparavant, la sphère était pour moi une forme de l'expression du parfait.
Puis elle me parla de ses progrès en dressage de chevaux, elle est proche du niveau professionnel.
Je n'ai jamais compris comment le cavalier coopère avec le cheval lors des compétitions.
Mon élève m'explique que le cavalier a dans sa tête une image du cheval et que le cavalier travail sur cette image plus que sur le cheval proprement dit.
Et je voyais que, tant que nous ne devenons pas aveugle, nous ne pouvons pas voir.
Lorsque je regarde une peinture, une sculpture, un paysage, la réaction c'est
" Ah bon ? "
Au mieux
" Ah que c'est beau !!!"
Ce n'est qu'au moment où l'œuvre entre dans ma tête que je commence à vivre avec elle.
Et je pensais à vous ;
Je pensais à votre dilemme
Vous pouvez passer à côté du lit de maman et dire " ah bon " et nul ne vous en fera reproche.
Mais si je suis médecin, sur un cas qui est un peu difficile, je ne peux commencer à voir mon patient que lorsque celui-ci est entré dans ma tête.
Combien d'entre vous ont écrit dans leur mémoire qu'il leur est arrivé de se réveiller soudain et de dire
" Mais c'est évident ".
Combien d'entre vous racontent qu'au volant de la voiture, alors qu'ils sont loins loins des patients, soudainement le traitement s'impose à eux.
Mais peut-on vraiment laisser tout le malheur du monde habiter dans sa tête ?
Moi, je porte mes élèves dans ma tête. Au début, l'élève est une masse argileuse qui au fil des semaines va prendre vie dans ma tête, jusqu'au moment où je suis capable d'être lui et moi.
Finalement c'est l'expérience de tous les jours.
Le coup de foudre, c'est toi en moi, moi en toi et plus que nous..
Pour voir, il faut être aveugle et regarder l'autre en soi.