Alzheimer: Do Ghosts Cry? | home
Feu Rouge
Il fait noir, très noir, la voiture est arrêtée sur le bord, en panne, je veux avertir les conducteurs qui arrivent, je sors ma lampe de poche bicolore, je mets le rouge et dans le noir de la nuit, ils voient cette petite lueur rouge et évitent l'accident.
C'est la nuit, la petite ville vient de s'endormir, les réverbères sont allumés, quelques vitrines laissent la lumière pour la nuit, je suis parqué sur le côté dangereux, je veux mettre ma petite lampe de poche sur la vitre arrière pour avertir, une petite lampe rouge, qui va voir, alors quoi faire, mettre deux lampes, rester là et agiter la lampe.
Le carrefour est dangereux la nuit, les lumières des réverbères, les lumières des voitures, les lumières des immeubles, alors ce feu rouge au croisement est si peu vu qu'il a fallu l'agrandir.
La ville brille de tous ses lumières, ici au Paradis des filles de la jungle, ici chez Gégène ici un restaurant dancing, des voitures, des radios qui tam-tam en hurlements, des passants, des enseignes, un pauvre feu rouge qui essaie de passer au rouge; qui va voir un feu rouge dans le rouge, dans le vert, dans le feu des enseignes ? Alors on met un feu d'avertissement, un feu de rappel et un feu rouge élargi, élargi et pourtant ils ne voient rien encore.
Il en est ainsi de notre communication ;
Au début, il suffisait de parler calmement, tranquillement et la parole était entendue. Celui qui murmure dans le désert, même les grains de sable portés par le vent iront porter son message aux voyageurs qui l'attendent en méditation sous le signe de la Croix du Sud.
Maintenant nous sommes tellement saturés de messages que nous regardons la télé en zappant de chaîne en chaîne, en écoutant la radio, lisant un journal et parlant au téléphone, tout cela alors qu'à l'intérieur de la tête la bête de l'angoisse hurle en se jetant contre les barreaux.
Le résultat est un monde de sourd. Nous sommes tous sous les explosions des obus à Douaumont, soulés de peur et d'angoisse, sourds d'éclatements, aveuglés de déchirement, mais un Douaumont ou personne ne viendra nous relever en première ligne, un Douaumont où c'est notre propre artillerie qui tire sur nous (ce qui est d'ailleurs vrai).
Comment dans ce monde abruti par la lumière, le bruit, le désordre, les explosions, les éclatements, les déchirements, comment pouvons-nous espérer faire entendre une petite lampe de poche ?
Et pourtant les anciens vous le diront, alors que les obus explosaient autour d'eux, dans cette sourdeur abrutissante, soudain ils entendaient une abeille..