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Bobby Fisher





L'avantage de l'été, c'est que les journaux en profitent pour remplir avec des articles de fond merveilleusement bien écrits.

Ainsi le Monde a eu la série sur le fleuve Congo ( à vous briser le cœur ) et un article sur Bobby Fischer.

Bobby Fischer, vous ne connaissez peut-être pas.

Nous sommes dans le royaume des échecs. Du temps de l'Union Soviétique, les échecs étaient un devoir national envers la Patrie.

Dans ce domaine dominé, contrôlé par les Maîtres soviétiques, arrive un jeune américain qui est différent ( en langage ordinaire, il est fou).

Son histoire familiale est l'histoire classique ; cela aurait pu donner un meurtrier en masse, cela donne un génie.

Ce qui frappe c'est que parallèlement, de l'autre côté de la frontière, vit un autre génie, celui-là du piano et de la musique, Glenn Gould.

Tous deux auraient pu se retrouver dans des instituts pour handicapés mentaux graves.

Bobby Fischer arrive, se fait supplier, se fait payer, exige et exige et exige encore, se fait insulter copieusement, et gagne.

Et se retire et ne joue plus jamais en public.

Parce que lorsque vous devez exercer votre art devant un public, votre art se pourrit. Michel-Ange n'aurait jamais du laisser entrer le pape dans la Chapelle Sixtine. Un grand pianiste qui donne un concert, c'est Zavatta au concert.

Donc les échecs.

Je ne sais pas jouer aux échecs, la tension qu'on doit supporter me fait craquer immédiatement.

Aux échecs, vous êtes les blancs ou les noirs.

En noir, vous répondez à l'attaque des blancs

En blanc, vous choisissez le schéma tactique de la partie.

Dans notre vie, nous commençons, gosses, par jouer les noirs.

La vie s'impose à nous, à nous de déjouer les pièges et de comprendre.

Nous devenons adultes, nous apprenons à jouer les blancs. Cela impose beaucoup plus de responsabilités. Lorsque vous êtes maître de la partie, c'est à vous de choisir l'attaque, de choisir les sacrifices à consentir.

Les blancs, c'est le chirurgien ; les noirs, le corps du patient.

Seulement, à force de jouer les blancs, vous finissez par croire que vous êtes les blancs.

Arrive le jour où, suite à l'âge, la maladie, les traumatismes sociologiques ( traduire, la guerre) , vous vous retrouvez à devoir jouer les noirs. Et rien ne vous prépare plus mal à jouer les noirs que de jouer les blancs.

A force de jouer les blancs, nous faisons des retraités lamentables, des malades lamentables.

Nils Stalbrand (noir)
Taberg40@aol.com