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Les spaghetti qui pleurent
Les spaghetti qui pleurent
Décemment, je ne peux pas mettre un " s " à spaghetti même si " Word " l'exige.
Je commence la lecture de
Matthieu Ricard
Et
Trinh Xuan Thuan
L'infini dans la paume de la Main
Du Big Bang à l'éveil
Fayard, 2000
Si vous ne lisez que la première page de l'avant propos, vous n'avez pas perdu votre temps.
Cela me rappelait quelque chose, puis j'ai vu :
C'était
Les spaghetti à la sauce Napolitaine
( les spaghetti à la sauce Zambienne, c'est une boite vide dans laquelle on fait chauffer des bouts de ficelle)
Donc les spaghetti à la sauce napolitaine.
Pour vous, on prépare les spaghetti dans l'eau frémissante (pas bouillante, ils sont foutus alors), on prépare les tomates avec oignon et ail et huile d'olive, d'un autre côté.
Maintenant on arrive au cœur de la vie :
Supposez qu'une des deux composantes, manque
Qu'est-ce qui manque ?
Les spaghetti ou la sauce napolitaine ?
En bon huguenot nordique, il est évident que la vie est faite de spaghetti, et si éventuellement on peut avoir la richesse et le temps de trouver et de faire et de se donner de la sauce napolitaine, alors tant mieux, mais la vie, c'est des spaghetti sans rien.
Traduit en langage compréhensible
La vie, c'est travailler chaque jour, avancer en reculant, faire une heure, puis faire une heure, puis arriver au coucher du soleil, faire le ménage, ranger, dormir, se lever une heure avant le soleil, c'est les spaghetti.
Si dans la journée, ou dans le mois, ou dans l'année vous trouvez un regard doux, vous trouvez une courbe de nuque dans le soleil, vous trouvez le bruit d'un poisson sautant de l'eau, vous trouvez un papillon qui se pose sur votre main, alors c'est bien, mais pas nécessaire. C'est la sauce napolitaine.
Voilà, une vie de huguenot.
Et c'est tout faux.
La vie est faite de sauce napolitaine, les spaghetti ne servent qu'à soutenir la sauce, à la répartir, à la faire briller sous la fourchette, à honorer le soleil qui a mûri les tomates ; les spaghetti en eux-mêmes ne sont rien.
Ce qui nous fait vivre, ce n'est pas le SMIC, le RMI, le salaire, le travail, ce qui nous fait vivre c'est celle qui vous reçoit aux ASSEDIC et vous ouvre la porte avec un sourire, c'est l'infirmière qui vous raconte de son chat, c'est le poissonnier qui partage ses vacances, c'est le soleil qui illumine la saleté de vos fenêtres pas nettoyées depuis un an.
Ce qui nous fait vivre, c'est la sauce napolitaine, pas les spaghetti.
Et soudain j'ai vu.
J'ai vu le cuisinier qui préparait les spaghetti napolitains.
Soudain j'ai vu
Sur la table je voyais le plat avec les spaghetti bien secs
En habit de détresse
Et sur la table
J'ai vu
La sauce napolitaine dans son plat qui refroidissait, perdant tout son arôme, perdant son goût, devenant et amer et fade,
Tout cela parce que le cuisinier ne comprenait pas que la vie,
C'est les spaghetti mélangés avec la sauce napolitaine, avalés en faisant un glouton de contentement et une grosse tache bien rouge sur la chemise.
Faire comme les nordiques,
Séparer vie et sentiments
C'est tuer les deux.