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Madame de Sévigné


Madame de Sévigné
De Madame de Sévigné à Emma Bovary     

Ma chère et Grande Amie,


A quel bonheur, quelle tranquillité, quel calme pour vous qui vivez loin de la cour, que je vous envie ma grande, ma belle, ma si calme Amie. Vous ne pouvez savoir l'excitation, la jalousie, l'angoisse qui nous habite à la Cour depuis que notre Divin Bien Aimé a introduit l'Internet.

A ma chère Emma, vous qui vous levant pouvez penser à votre toilette, vous qui pouvez chaque jour vivre vraiment avec ce qui est beau, ce qui est merveilleux, vous qui avez un mari que vous voyez, vous qui vivez avec ce qui se renouvelle, vous ne pouvez savoir la souffrance de nous autres pauvres, gens de la Cour.

Aujourd'hui le Duc du Nord ne décolère pas, lui ce Duc si doux, si tolérant, si ouvert à tous ses amis, ce Duc du Nord est enfermé avec son escritoire et lit et relit cherchant désespérément où il a encouru le mépris des courtiers.

Il faut dire, ma chère et tendre Emma que l'affaire est d'importance, est-ce que je saurais dans mon innocence vous compter ce drame , est-ce que vous les gens honnêtes pouvez saisir l'émoi, l'effroi que suscite ce nouvel instrument qui nous torture tant en nous donnant tant de plaisirs.

Vous savez, ma très chère et tendre Emma en quelle estime je tiens le Duc du Nord et pourtant avec toute mon amitié, tout ce qui nous lie, lui et moi, lui à moi, lui, rien que lui, parfois, et pourtant je ne sais si je puis lui donner encore mon amitié ; c'est que le crime est grand, tout en étant petit, ce qui le rend aussi impardonnable.

Est-ce que je vous conte l'affaire, ma chère Emma ?

Voyez-vous, nous sommes tous penchés sur nos écritoires, nous cherchons dans les mots des autres les paroles cachées qui blessent, nous cherchons les insultes que seul se peuvent permettre ceux certains de la grande faveur et voilà que le Duc du Nord soudainement nous courrielle pour nous entretenir de la santé de sa Servante, sans même nous entretenir de la beauté de nos écrits, sans nous flatter  honnêtement de la profondeur de nos pensées.

Ma chère Emma, vous ne pouvez deviner le bonheur, la tristesse, la joie, l'amertume que nous tirons de nos écritoires. Vous, Emma, qui vous plaignez de votre mari, de votre ennui, de votre campagne, sur l'escritoire vous devenez la plus belle, la plus charmante, la plus intelligente, la plus courtisée, vous voulez être blonde, vous l'êtes, vous voulez être brune, vous l'êtes. Oserais-je, Emma, ma belle amie, tout le plaisir que je trouve à médire doucement des autres, à glisser ici et là quelque phrase assassine, douce Emma, vous ne pouvez deviner quel bonheur c'est que de sourire et d'embrasser celle qu'on a calomnié la veille d'une plume indiscrète.

On dit à la Cour, que le Tout Puissant, notre Bien-aimé, notre Vie, notre Bonheur, notre Espoir, oui, lui, lui-même, y serait.

Des femmes dont je ne puis vous compter le nom abandonnent jusqu'à leurs amants pour les escritoires, des hommes valeureux dont on vantait le mérite au nombre de duels sont ignorés de tous parce qu'ils ne savent plus rimer avec élégance, ni médire avec virtuosité. On murmure que des valets courtisent des gens bien-nés et ceci non sans un certain succès grâce à leurs doigts agiles.
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La suite a été perdue, l'amertume reste. Les fautes d'orthographe aussi que la Marquise n'eusse point commises.



ns