Alzheimer: Do Ghosts Cry? | home
Deuil
Tu es déchet, poussière tu deviendras
France Culture avait samedi matin dans les rencontres de philosophie à l'heure où je prends mon bain, une émission consacrée à l'incinération et au deuil.
Je croyais que le problème était réglé depuis longtemps, si on ne regarde pas la crasse, l'incinération de papa s'est presque bien faite.
Le responsable de ce qu'on appelait dans le temps la cérémonie et qui est devenu la procédure, parlait du côté pratique de l'incinération.
Je me souviens lors de la mort de papa, à quel point j'étais choqué, de voir cette voiture transportant le cercueil de papa, sur le chemin de l'hôpital au crématoire, rouler comme s'il se préparait pour un Grand prix de France, et l'imagination, jamais à court de ressources, voyait le cadavre de papa se heurter à gauche qu'à droite, la tête se casser lorsqu'on freinait trop brusquement. Des fantasmes bien sûrs.
Je me souviens de ma jeunesse, des processions où les voitures suivaient respectueusement le corbillard traîné par des chevaux noirs. Vous vous souvenez certainement de l'étrange tableau de Courbet qui s'appelle l'enterrement à Ornan, une énorme toile visible au musée d'Orsay. C'était l'ancien temps. La mort était dans la vie.
L'entrepreneur nous racontait qu'aujourd'hui, le fourgon funèbre est traité par les autres automobilistes communes une gêne.
L'entrepreneur racontait qu'on ne trouve plus aujourd'hui beaucoup de gens qui soient disposés à perdre une grande partie de la matinée pour participer à des funérailles.
La grande souffrance des funérailles d'aujourd'hui semble être le fait qu'il faut sortir pour répondre à son téléphone portable, pourtant en quoi est-ce que cela peu gêner le mort si je parle au téléphone ?
Il allait même plus loin.
Pourquoi être surpris par des phrases comme :
Est-ce que cela prend vraiment si longtemps que cela ?
Mais c'est encore chaud !
C'est la c'est un grand classique, je l'ai dite moi aussi :
Mais que voulez-vous que j'en fasse ?
L'entrepreneur faisait remarquer que ce qu'on appelle la période de deuil est réduite à moins du minimum.
Emballage, transport, incinération, livraison, si le système est efficace on doit pouvoir faire tout cela en 2, 3 heures, puis cela sera au suivant.
En soit cela n'est pas mal. Que la souffrance cesse.
Ce qui arrive c'est le même phénomène que lorsque vous voyagez de Bombay jusqu'à Paris.
Lorsque vous arrivez à Roissy vous prenez de plein fouet le syndrome de Roissy, vous venez de la misère, la souffrance, du manque, de la recherche et vous tombez brutalement dans un monde indifférent qui vous fait penser à une fourmilière.
Le temps d'expédier les formalités, de rentrer chez soi, vous n'avez pas le temps de vous décontaminer, et cela sera bien plus tard, peut-être trop tard, que la douleur ressortira, que vous aurez à la soigner.
Est-ce que je me souviens bien des anciennes traditions latines où les femmes pendant 3 jours pouvaient et devaient pendant 3 jours extérioriser toutes leurs douleurs et celles des hommes, puis au quatrième jour retourner aux fourneaux et la vie continuait.
Il est un temps pour le deuil
Il est un temps pour la vie
Il est un temps pour la joie
J'en deviens à me demander si aujourd'hui il est un temps pour quoi que ce soit.